Ordinations diaconales et sacerdotales
Le psaume 115 au cours de l’année liturgique
Pour les ordinations diaconales comme sacerdotales, la liturgie prévoit de chanter le psaume 115.
Ce psaume est également chanté deux fois au cours de l’année B : pour le deuxième dimanche de Carême ainsi que pour la fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu). Nous le chantons également tous les ans à l’occasion de la célébration de la Sainte Cène (le Jeudi Saint). Cela en fait donc un psaume particulièrement eucharistique.
En voici le texte intégral :
Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert,
moi qui ai dit dans mon trouble : « L’homme n’est que mensonge. »
Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple !
Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, ton serviteur, le fils de ta servante, * moi, dont tu brisas les chaînes ?
Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple,
à l’entrée de la maison du Seigneur, au milieu de Jérusalem !
Selon les occasions, la coupe peut être légèrement différente pour mettre l’accent sur tel ou tel aspect du texte. Ainsi, les deux premiers versets ne sont pris que lors de la messe du 2e dimanche de Carême. Pour les trois autres occasions citées (ordinations, Fête Dieu et Sainte Cène), la coupe du psaume est exactement la même. Pour autant, l’antienne diffère à chaque fois. Alors que l’antienne de la Fête-Dieu reprend un verset du même psaume « J’élèvera la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur », l’antienne du Jeudi Saint reprend un verset de la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens. L’antienne chante ceci « La coupe de bénédiction est communion au sange du Christ », évoquant explicitement ce verset « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ »? (1 Co 10,16). Pour les ordinations, l’antienne évoque le lien profond entre le corps et le sang du Christ et le corps mystique du Christ qu’est l’Église. « Bénis soient la coupe et le pain où ton peuple prend corps ».
La liturgie, en orientant nos cœurs et nos intelligences par ces antiennes différentes, nous encourage à recevoir différemment les mots mêmes de ce psaume selon les circonstances dans lesquels nous les chantons. Pour répondre à cet appel, j’ai donc fait le choix d’écrire des mélodies différentes selon les occasions, et vous pouvez retrouver les partitions du psaume 115 pour le 2e dimanche de Carême B, la Fête-Dieu et le Jeudi Saint sur la page dédiée à ce psaume.
Composition originale pour les ordinations
Je voulais ici m’attarder sur la composition spécifique que j’ai créée à l’occasion des ordinations sacerdotales pour le diocèse de Valence le dimanche 28 juin 2026. Ce n’est pas un hasard s’il m’a été demandé de composer la musique du psaume pour cette célébration : mon frère comptait parmi les ordinands. Mais il m’avait fait la demande spécifique d’une composition originale, un peu plus technique que ce que j’écris habituellement pour les paroisses…! En travaillant et priant pour écrire quelque chose qui lui plaise mais qui puisse plus largement aussi service aux diocèses à l’avenir, m’est apparu tout le dialogue qui se cache entre les lignes. Dans ce psaume, le psalmiste parle à la première personne du singulier. Il semble se parler comme à lui-même : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. » Derrière ce dialogue avec lui-même, il y a la présence du « peuple ». Le psalmiste n’est pas seul. Le prêtre non plus n’est pas seul lorsqu’il élève la coupe du salut et invoque le nom du Seigneur. Il se tient « devant tout son peuple ».
C’est ce que j’ai voulu faire ressortir avec une écriture originale de l’antienne où la voix principale – reprise par l’assemblée – est au ténor, tandis que les trois autres pupitres évoquent les multiples voix des membres de l’Église. Chacun suit sa ligne mélodique et tous se rassemblent en un accord parfait exprimant ce corps qu’est l’Église, formés de membres divers mais unis par le seul Esprit.
Le prêtre offre le sacrifice d’action de grâce, autrement dit l’Eucharistie, mais c’est l’Église qui apporte les offrandes pour le sacrifice, c’est l’Église elle-même qui se fait offrande. Le prêtre est le serviteur, celui dont le Seigneur a « brisé les chaînes ». Car l’ordination n’est pas une aliénation mais bien une libération. Donner sa vie, c’est devenir libre. Donner sa vie est un acte d’amour, le plus grand, le plus beau qui soit. C’est l’acte libre par excellence, et celui qui nous libère de l’entrave du péché. C’est cette joie de l’homme libre que j’ai voulu aussi transmettre dans le chant que je vous laisse découvrir…
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